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7e Rencontres africaines de la Photographie de Bamako
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7e Rencontres africaines de la Photographie de Bamako
Dans la ville et au-delà

Festival : Du samedi 24 novembre 2007 au dimanche 23 décembre 2007

Les rencontres sont organisées par Culturesfrance et la Maison Africaine de la Photographie.
CulturesFrance : +33 01 53 69 83 00
Maison Africaine de la Photographie : +223 229 41 10

Auteurs : Maksim Armand Seth - Emmanuel Bakary Daou - Sammy Baloji - Adama Bamba - Nadia Berkani - Jodi Bieber - Marie-Ange Bordas - Nabil Boutros - Sébastien Cailleux - Mohamed Camara - Ali Chraibi - Teresa Correa - Pierre Crocquet de Rosemond - Alice Cuvelier - Arandane Dicko - Calvin Dondo - Mohamed El Baz - Fakhri El Ghezal - Ghislain El Magambo Gulda - Dimitri Fagbohoun - Héba Farid - Samuel Fosso - Veli Granö - Marja Helander - Sal Idriss - Fanie Jason - Serge Emmanuel Jongué - Kotchak Kalle - Tellervo Kalleinen - Mouna Karray - Fouad Maazouz - Claudio Marrero - Edgar Marsy - Tsvangirayi Mukwazhi - Aïda Muluneh - Pierrot Men - Riitta Päiväläinen - Sylvain Ralaivaohita - Soavina Ramaroson - Nanna Saarhelo - Sergio Santimano - Dicko Saïdou - Jari Silomäki - Antoine Tempé - Michael Tsegaye - Andrew Tshabangu - Nontsikelelo “Lolo” Veleko.

Rencontres de Bamako
Téléphone (+33) 01 53 69 83 00
Maison Africaine de la Photographie
 Bamako
Mali


Introduction Par Simon Njami, Commissaire général des Rencontres

La ville et son au-delà sont des notions abstraites. Les frontières entre l’une et l’autre étant floues, perméables, tangibles. Il existe néanmoins deux entités complémentaires ou contradictoires, selon les points de vue, qui remplissent des fonctions bien distinctes et dont l’image que nous conservons se ramène à une série d’archétypes : il y a l’opposition plusieurs fois millénaire entre la ville et la campagne ; il y a l’antagonisme qui oppose depuis l’ère industrielle les villes aux banlieues. Mais si l’on passe outre ces constats sociologiques, c’est bien la position vampirique de la ville qui conditionne nos sociétés modernes. Le centre qui constituerait les capitales agit comme une force centrifuge alors que la périphérie, comprise dans son sens le plus large, subit les forces centripètes de la désintégration. Naturellement, on assiste périodiquement à des réactions contraires, mais celles-ci, pour significatives qu’elles soient d’un malaise dans une civilisation donnée, n’ont jamais eu le pouvoir d’inverser la tendance qui fait de la ville une force d’attraction universelle.
On a tendance parfois à oublier le sens des mots et à ne plus retenir que l’usage qui en est fait. Ainsi l’expression urbi et orbi renverrait-elle inévitablement au Vatican, à l’église catholique, et à la prière solennelle que chaque année le pape adresse au monde depuis son balcon de St Pierre. Or, avant que d’être l’expression du catholicisme romain, les mots urbi et orbi étaient dotés d’une vie propre, profane. Urbi, c’est bien entendu l’urbs latin qui désigne la ville. Quant à orbi, qui vient de orbis, sa traduction littérale est cercle.
Pris dans son sens étymologique, l’expression désignerait donc plutôt un centre, l’urbs, et sa périphérie, l’orbis. Il m’a semblé intéressant, en cette septième édition des Rencontres, d’inviter les photographes à s’interroger sur la relation complexe, à la fois complémentaire et conflictuelle, qu’entretiennent entre elles ces deux polarités de la société humaine. Car, comme nous l’avons vu, la périphérie ici, ne se limite pas aux seules banlieues, mais à tout ce qui n’est pas intrinsèquement constitutif de la Cité.
La ville, en Afrique, est régie par des codes, à l’image de ceux qui l’habitent, à la fois très complexes et très simples. La route qui mène de l’aéroport au centre-ville répond invariablement à la même logique. D’abord on traverse la périphérie, avec ses quartiers édifiés d’une manière sauvage qui n’est pas sans rappeler les camps de réfugiés. Des ensembles de baraquements construits à l’emporte-pièce qu’en Occident on nommerait banlieues. Je me suis toujours demandé si l’essence de la ville africaine ne commençait pas avec ces quartiers. Si la véritable réalité d’une vie sociale et d’une logique communautaire ne résidait pas dans les méandres improbables des matiti de Libreville, des townships de Johannesburg ou du Cap, dans ces no man’s land où l’espace ne semble appartenir à personne d’autre qu’à celui qui l’occupe ? Parce que, après, c’est dans ces quartiers que résident la majorité des femmes et des hommes qui occupe la ville. Ensuite viennent les constructions en dur, habitées par la bourgeoisie locale, qui cherche toujours la tranquillité dans des îlots protégés, loin du peuple, puis vient le centre. Vastes artères goudronnées, feux rouges qui fonctionnent parfois de façon anarchique, lorsqu’ils fonctionnent, parfois des tours, et enfin les bâtiments administratifs. Mais rechercher un centre, c’est-à-dire, selon le concept occidental, une église, une mairie, une mosquée, en un mot, un espace à partir duquel on pourrait percevoir le rayonnement est inutile. Parce que, comme l’écrivait le romancier guinéen Tierno Monenembo : “Il est vrai qu’on a aucun sens de la ville, par ici. Les quartiers y poussent comme des champignons, ils s’étiolent. Puis, emportés par le vent, ils se laissent disséminer comme les spores de l’étamine.”(1) Toute création artistique contemporaine est générée par un contexte. Tout regard est informé par l’environnement dans lequel il s’exprime. Que le chemin complexe qui suit une idée avant de se transformer en objet passe nécessairement par les rues, les murs, les stades, les programmes de télévision et de radio... Une atmosphère particulière qui a contaminé les artistes dont la préoccupation est de se déterminer par rapport à la marche du monde. Tout mouvement a une origine. Et la manière dont un être humain aime, rit ou pleure, est la matière première dont se nourrit le geste premier. Et cela participe nécessairement à l’éclosion et à la maturation du fait artistique. Cela détermine, d’une manière ou d’une autre, la forme de l’oeuvre. Et on pourrait retrouver cette source dans des détails insignifiants mais déterminants. Il me semble évident que vivre à Douala, Addis-Abeba, Dakar, Kinshasa ou Le Caire, informe notre regard dès que nous ouvrons les yeux. Et c’est cette manière de voir, singulière, qui est à l’oeuvre dans toute production photographique.

Site Web : www.culturesfrance.com
 
Nontsikelelo « Lolo » Veleko (Afrique du Sud), « Kepi in Bree Street », Série Beauy is in the eye of the beholder, 2004 © Nontsikelelo « Lolo » Veleko 
EXPOSITION INTERNATIONALE 

”DANS LA VILLE ET AU DELÀ”

En référence à Victor Hugo, Roland Barthes écrit : “la ville est une écriture ; celui qui se déplace dans la ville, c’est-à-dire l’usager de la ville (ce que nous sommes tous), est une sorte de lecteur qui, selon ses obligations et ses déplacements, prélève des fragments de l’énoncé pour les actualiser en secret. Quand nous nous déplaçons dans une ville, nous sommes tous dans la situation du lecteur des 100.000 millions de poèmes de Queneau, où l’on peut trouver un poème différent en changeant un seul vers ; à notre insu, nous sommes un peu ce lecteur d’avant-garde lorsque nous sommes dans une ville.”(2) Remplaçons notre lecteur par un photographe : ce sont donc 100.000 millions d’images possibles. Autant d’interprétations, de regards, de sensibilités, qui vont nous livrer un tableau contrasté de la réalité urbaine et rurale du continent. Bien entendu, ces images n’ont pas de vocation scientifique. Elles sont le fruit d’individus dont la seule ambition est de nous faire partager un savoir qui ne s’acquiert dans aucune école, mais qui est la conséquence d’une vie. Qu’est donc un regard, si ce n’est une invitation au voyage ? Une invitation à l’étonnement et au partage ?
 
photographie.com : 2007-11-24